Catégorie : De mes yeux vu

Un air de famille

J’ai eu le grand plaisir de revoir ce film lors de mon périple en Gaspésie, en compagnie de ma copine Nathalie, de surcroît. Je le dis et je le répète: un petit bonheur arrive rarement seul!
Un film comme je les aime tant. Selon un scénario d’un de mes duo préféré, j’ai nommé Jaoui-Bacri (en collaboration avec le réalisateur). Ils sont également de la distribution, bien sûr, ce qui n’enlève rien à l’affaire, bien au contraire. J’ai rarement connu de scénaristes aussi brillants, et de comédiens aussi talentueux en même temps.
Une histoire toute simple, donc: une famille, les Menard, qui se réunit tous les vendredis au café d’un des fils (Bacri), puis vont manger ensemble. Ce vendredi, c’est en plus la célébration de la fête de Yolande (délicieuse Catherine Frot), l’épouse et la belle-soeur de service. Jean-Pierre Darroussin est aussi efficace qu’effacé en serveur du café et ami non-officiel de Jaoui. Chacun a ses inquiétudes, ses petits et grands problèmes, qui viendront teinter tout autrement les festivités et la soirée. Beaucoup de discussions, d’argumentations, de jugements et de remises en question. Et quelques petites évolutions et constats, tranquilles mais touchants, à travers tout ça.
Comme toujours, c’est filmé très simplement. Des dialogues mordants, intelligents, dérangeants, savoureux. Ce duo a, depuis toujours, cette manière incroyable de nous montrer les gens et les relations, les travers de ceux-ci. Mais de façon tout aussi simple que percutante. L’humour est grinçant et omniprésent. Mention spéciale pour la scène où Yolande développe ses cadeaux, quelques verres et quelques heures plus tard dans la soirée. Un grand moment!
Même si le film date de plusieurs années déjà, il est toujours aussi intéressant et d’actualité. En théorie, une soirée dans la vie d’une famille, mais qui nous permet de comprendre presque toute leur histoire et leurs enjeux. À découvrir ou revoir!
Réal.: Cédric Klapish, 1996, France.

Alfie

Je parle ici du «remake» récent et non de l’original qui mettait en vedette un Michael Caine encore tout jeune (mais que je suis maintenant très curieuse de voir aussi).
J’avais simplement envie de voir un petit film léger, drôle, un genre de «films de filles» qui se laisse regarder (surtout quand on a la grippe!). Je m’attendais à être un peu amusée et légèrement agacée, par des moments d’exagération et de banalité.
J’ai été agréablement surprise! Vraiment! L’adaptation contemporaine me semble réussie. Jude Law y est très bon, crédible, parfois détestable et cinglant, et parfois encore désolant, attachant et touchant (pas spécialement mon genre… mais tout de même beau garçon!). Il joue le rôle d’un jeune tombeur anglais (très tombeur), habitant le New York d’aujourd’hui, qui est chauffeur de limousine. Et qui s’amuse ferme dans la vie (et dans ses relations). Nous le suivons pendant un certain temps, avec les gens qui gravitent autour de lui. Nous assistons ainsi à une certaine évolution (obligée?), son cheminement à travers tout ça. Marisa Tomei et Susan Sarandon sont vraiment bien dans leurs rôles respectifs de mère monoparentale et femme d’affaires/d’expérience.
Malgré ce que j’avais imaginé, pas de grosse morale, pas de réponses toutes faites, pas de jugement grinçant ni de moments trop prévisibles. Faute d’être renversant ou révolutionnaire, c’est efficace et crédible, disons.
Ce qui est intéressant et provient également de l’original, c’est la narration que fait le personnage central (Alfie/Jude Law) tout au long du film en nous regardant (la caméra). C’est bien installé, ça nous permet d’être «dans le coup» tout en ayant un certain recul. Mais également d’assister à tout ce qu’il vit et même de ressentir un peu ses émotions, en étant au premier plan.
Pas un grand film d’auteur mais certainement un film bien joué, bien réalisé, avec un sujet intéressant qui s’ouvre sur plusieurs réalités et questionnements. La chanson-thème est interprétée par Mike Jagger (il a d’ailleurs gagné le Golden Globe de la meilleure chanson originale pour celle-ci, «Old habits die hard» qu’il a composée avec David A. Stewart). Je l’avais entendue sans vraiment l’entendre auparavant, mais depuis que j’ai vu le film, elle me trotte dans la tête et prend une toute autre perspective.
Réal: Charles Shyer, É.U./Angleterre, 2004 (l’original a été fait par Lewis Gilbert
en 1966, Angleterre).

Robots

J’ai vu ce film le week-end dernier avec quelques illustres membres de ma non moins illustre famille. Merci encore à Cri et sa progéniture pour la belle soirée passée en leur compagnie!
Je suis généralement assez friande de ces films d’animation. Surtout quand ils sont renversants de qualité visuelle ou qu’ils révolutionnent le genre (comme Shrek, Toy Story et Monsters Inc. à leurs sorties respectives) et truffés d’humour, de bons gags (à deux niveaux) ou de références diverses.
Celui m’a donc un peu déçue en ce sens. En même temps je me trouve un peu «exigeante» ou «désbusée» dans mon constat, mais bon! Comme l’a si bien imagé Yvon Deschamps par le passé: «Télé-Métropole, quand t’as pas connu autre chose (ou que t’as pas eu le câble – je ne suis plus certaine!), c’est pas pire. Mais quand tu as CONNU autre chose (ou le câble!), et que tu reviens à Télé-Métropole….!». Je pense que ceci résume bien ma pensée! (mais loin de moi l’idée d’associer -de quelque façon que ce soit- PKP et son empire à ce film!).
Il y a beaucoup d’action, les personnages sont bien développés, il y a de l’émotion dans l’air, mais j’ai trouvé le rendu visuel assez ordinaire, d’une part, l’histoire vraiment trop moralisatrice, d’autre part, et l’humour un brin trop gros et trop facile. Définitivement rien pour écrire à sa mère, comme dirait je ne sais plus qui! (désolée!). Je ne vous raconterai donc pas l’histoire, ce qui devrait augmenter (ou maintenir) un certain intérêt si vous le voyez.
Mais on rit quelques fois, on sourit beaucoup, les dessins sont malgré tout réussis et l’ensemble, un bon divertissement. D’ailleurs, dans ce cas-ci, je pense que les enfants apprécient davantage que les parents/adultes (et si je me fie au sondage spontané effectué juste après le visionnement) (je ne peux par contre témoigner sur le sérieux de ce sondage, ni sur la qualité et/ou la représentativité de celui-ci…!).
Réal.: Chris Wedge et Carlos Saldanha, É.U., 2005.

Le bonheur est une chanson triste

Je l’ai déjà dit: j’adore Anne-Marie Cadieux. C’est une actrice brillante, talentueuse, tellement polyvalente. Et elle dégage (pour moi) beaucoup de profondeur et d’intelligence. Elle a une beauté à son image: originale, unique. En toute honnêteté, c’est vraiment elle qui m’a donné envie de voir ce film. Et un peu le sujet (déformation professionnelle). Dans cet ordre!
Je ne connais pas du tout ce réalisateur, mais je sais maintenant qu’il a un talent certain et beaucoup de «guts». Audacieux et courageux comme projet. Et ardu! Le film est écrit, produit et réalisé par lui. C’est l’histoire d’une jeune conceptrice-rédactrice qui lâche tout, trouve une caméra et décide de filmer les gens de la rue en leur demandant que représente, pour eux, le bonheur.
Bon! dit comme ça… j’imagine que ça n’a rien de très emballant!?! Et le film ne l’est pas non plus, d’ailleurs, quand j’y pense! Mais il est intéressant. Je prédis que, si vous le voyez un jour, vous partirez inévitablement dans votre bulle, à un moment ou à un autre, et vous réfléchirez sur le sens de votre propre existence, vous vous demanderez si vous êtes heureux (et pourquoi) (ou à l’inverse, pourquoi pas?).
Un film cinématographiquement chaotique, plein de rebondissements, parfois confus, parfois drôle, souvent dramatique, touchant, triste, désolant et très en mouvement. Tourné comme un documentaire. Sûrement ce qui ajoute à la tension et au sérieux de l’affaire. Quelques autres bons comédiens y tiennent de petits rôles et sont convaincants, eux aussi.
La musique, parfois déstabilisante (et à l’image du film) est signée Ève Cournoyer. Que je ne connais pas beaucoup (encore), mais qui m’apparait, elle aussi, assez talentueuse et différente, un peu marginale. À explorer!
Même si le film est intimiste au sens où il vient nous chercher, nous amène à nous questionner, nous projeter, je me suis sentie en même temps très spectactrice. Comme s’il se dégageait de l’ensemble une certaine distance, une certaine froideur. Un côté impersonnel, peut-être. Probablement dû aux entrevues (avec des étrangers) et à un certain voyeurisme obligé.
Réal.: François Delisle, Québec, 2004.

La finestra di fronte (Facing windows)

J’aime qu’on me raconte des histoires (au sens noble, bien sûr). J’aime qu’on me raconte de belles histoires, tout doucement. J’aime qu’on me chuchote à l’oreille le récit de vies simples, de petites et grandes joies, de petits et grands malheurs (parce que la vie est ainsi faite…). J’aime aussi qu’on le fasse avec des moyens humbles, sans flafla, sans effets spéciaux, sans grand déploiement. J’aime quand les cultures, les langages et les réalités sont multiples et colorées. Et ce que j’aime encore davantage, c’est quand ces petites histoires à peine chuchotées me touchent d’autant plus.
Facing windows est l’histoire des membres d’une famille et de leur réalité, celle de leur interaction quotidienne, entre eux et avec leurs amis, avec le voisin d’en face (on l’aurait deviné!) et surtout, celle qu’ils développeront malgré eux avec un pur étranger ayant perdu chemin et mémoire.
J’ai trouvé ce film un peu par hasard. Je n’en avais pas entendu parler. Je l’ai beaucoup aimé. Ça m’a fait un peu rire, réfléchir, me projeter moi aussi dans diverses situations, ça m’a touchée, comme je disais, ça m’a intéressée et ça m’a émue.
Les comédien-nes sont spontanés, authentiques et sincères. Ce film est dédié au vieil étranger perdu -en fait au comédien qui a tenu ce rôle dans le film, Massimo Girotti-, qui est décédé après le tournage de celui-ci. J’ai réalisé cela à la fin du visionnement. Qu’est-ce que c’est «flyé», la vie, parfois.
Un film rempli de tendresse. Qui parle beaucoup de relations, de générations, de destins, de réactions, de choix et de conséquences, de différence. Qui donne le goût. Celui de faire et de manger de succulentes pâtisseries… comme celui d’aller vers les autres, de rencontrer des gens, de se faire, à nouveau, raconter d’autres histoires par d’autres personnes. Et que ça nous touche…
Réal.: Ferzan Ozpetek, co-production Italie/Portugal/Angleterre/Turquie, 2003.