janvier 2005 archive

Rien de grave

J’avais entendu une critique de Chantale Jolis sur ce livre, à la radio de Radio-Canada. Elle l’avait trouvé intéressant et semblait avoir principalement apprécié le côté voyeur de l’histoire, son côté «potin international», disons.
C’est effectivement un livre à forte saveur autobiographique, qui raconte l’histoire de Louise (Justine Lévy), jeune femme écrivaine qui perd Adrien (Raphaël Enthoven) son amour-de-toujours, au profit d’une mannequin voleuse-de-chum, Paula (Carla Bruni, dans la vraie vie)!
Justine est la fille de BHL (Bernard-Henri Lévy, le philosophe et écrivain français). Les mauvaises langues s’accordent pour dire que c’est la seule raison pour laquelle est s’est trouvé un éditeur et peut publier ses livres (celui-ci est son 2e).
Moi je suis très mitigée, mais en bout de ligne (hihihi!), j’ai plutôt aimé. Ce livre est un long monologue sur la peine ultime, celle du coeur et de l’amour. Du coup, ça peut devenir aussi une thérapie pas chère pour le lecteur, du genre «oui, bon, je ne vais pas si mal, moi, finalement!». C’est exactement ce que j’ai ressenti quand je l’ai lu (j’étais moi aussi dans une rupture)! Ça m’a donc fait le plus grand bien… même si ce n’était probablement pas le but!
C’est très personnel, je dirais même un peu trop parfois. En même temps, c’est donc très intimiste et je trouve intéressant de rentrer complètement dans ce récit avec elle, de le vivre (ou le subir!) avec elle. Un récit d’une simplicité décontertante, sur un sujet tellement universel.
C’est un peu lourd par bout, je ne vous le cacherai pas! Mais j’aime bien son écriture, sa simplicité, son honnêteté dans ce qu’elle raconte et dans son écriture elle-même. De façon surprenante, son style est quand même relativement léger, parfois même assez drôle, ce qui fait un heureux contraste avec le propos. Elle est très visuelle, émotive et intense.
Alors quand on connait le sujet et que cela nous intéresse, c’est un bon livre!
Justine Lévy, aux Éditions Stock, 2004.

Or, mon trésor

Énième exemple de ma cuvée 2004 du Festival du Nouveau cinéma. Le genre de film à ne pas voir, idéalement, seule un dimanche pluvieux et froid. Ce fut mon cas! Ces détails techniques ne m’ont toutefois pas empêcheé de l’apprécier. Mais l’intensité ressentie y était certainement en conséquence (et proportionnelle).
L’histoire se passe à Tel-Aviv. Or est la courageuse fille (adolescente) de Ruthie, elle-même brebis plutôt égarée et prostituée à ses heures. Le film raconte le courage de Or et ses nombreuses tentatives pour ramener sa mère à une vie plus saine, tout en s’occupant de leur survie et en essayant de poursuivre ses études. Trois buts qui ne sont pas nécessairement compatibles, du moins entrepris tous à la fois -par une adolescente seule- (jeune, vulnérable et influençable).
Ruthie est une femme et une mère attendrissante et navrante à la fois, en mal d’amour et d’oubli. Or, quoique pleine d’énergie et de ressources, réalisera tôt ou tard qu’elle ne peut changer sa mère malgré elle, même si c’est pour son propre bien. S’ajoutent à cela la dure réalité des conditions de vie de ces femmes seules dans une ville israélienne. Dans une société passablement masculine, exclusive et discriminatoire, bourrée de préjugés envers les femmes (et même de la part d’autres femmes).
Tourné très simplement, comme un documentaire, comme un constat. Pas de morale, pas de jugement. Les deux comédiennes principales sont tellement convaincantes, d’une justesse vraiment très touchante. Plans fixes, sans artifice ni musique.
J’ai beaucoup aimé ce film. J’y ai repensé longtemps (et j’y repense encore). C’est triste et dur. Même à l’autre bout du monde dans une société à mille lieues de la nôtre, les quêtes demeurent les mêmes: celles de l’acceptation, de l’amour, d’un certain bonheur. Qui flirtent avec l’espoir mais aussi le désespoir, tous deux intimement liés et si fragiles.
Une première oeuvre intense et prometteuse pour cette réalisatrice.
Réal.: Keren Yedaya, France/Israël, 2004.

Dirty Dancing (hommage a Julie L. et Martine B.)

Oui, bon… Comment dire!?! En fait, je serai honnête (trop – fort probablement!) et puis tant pis!?! la vie est certainement trop courte pour s’en faire avec de si petites considérations, après tout! Donc, j’en viens au fait: deux (formidables???) copines (je vous laisse deviner leurs noms, si vous êtes un brin perspicace!) m’ont tout récemment mise au défi d’écrire un billet sur ce vieux film de fille par excellence.
Sur le coup, je leur ai effectivement avoué que je n’oserais jamais et puis finalement, en y repensant bien, ça m’a semblé un bel exemple d’humilité (nous avons tous nos côtés obscurs et pervers, non?!?) et un exercice de courage qui ne soit pas à dédaigner… Je dé-conne! En plus j’ai récemment avoué avoir écouté Top Gun alors vraiment, rien ne peut m’arrêter maintenant! (hihihi!)
J’ai moi aussi un bon côté fille, à mes heures, et un autre passablement k-taine (j’en ai déjà fait mention dans d’autres billets, d’ailleurs) avec en prime, un 3e, qui se veut le point de rencontre des deux premiers, soit: un côté super-fille et méga k-taine, les deux en même temps! C’est magnifique, et je l’assume!!! La preuve? J’ai, CHEZ MOI, la cassette vidéo (même pas le dvd, en plus!) de Dirty Dancing, un petit bijou de kétainerie féminine qui a le don et le pouvoir, à l’occasion, de me faire sourire, de me changer les idées, de me donner le goût de la musique et surtout celui de la danse (k-taine aussi, bien sûr!) et même, si accompagnée de copine(s) et/ou boisson alcoolisée (idéalement les 2!) de me faire divaguer complètement… parfois même jusqu’au fantasme! HA! Avouez que ce n’est pas rien!
Dirty Dancing c’est comme le (sempiternel) Cendrillon des (anciens) temps modernes! Anciens parce que ça fait déjà quelques années (je prends à témoins les vêtements et les coupes de cheveux, c’est vraiment trop drôle!). J’ai dit «le» Cendrillon parce que, dans cette version pseudo-révolutionnaire, Cendrillon est un homme (avec un corps de Dieu et 500 bananes sur le ventre) et se prénomme «Johnny» (campé par Patrick Swayze) et le prince est une mignonne jeune fille bouclée et naîve (au départ…), qui n’a pas froid aux yeux et se prénomme «Baby» (le seul rôle de Jennifer Grey, à ma connaissance? On ne se demande pas trop pourquoi, finalement! Je déconne encore! elle n’est pas si mal!). Le Château, pour sa part, est substitué par un camp de vacances familial, quelque part dans une verte campagne, pendant l’été de 1963.
Je vous épargne les détails, mais en gros, notre prince «Baby», jeune fille d’une riche famille américaine et bien-comme-il-faut viendra sauver l’honneur et la réputation (pour le reste, l’histoire ne le dit pas) d’un danseur pas-piqué-des-vers et gigolo-forcé-à-ses-heures. Ta-taaaaaaam! C’est ça qui est ça pour le scénario, en gros!
Mais ce qui est intéressant, c’est le beau Patrick (oui, oui, dans ce temps-là et surtout dans ce film-là, il est intéressant, il danse vraiment bien tout en restant un homme, un vrai)! Et ciel qu’il a le corps et le mouvement de l’emploi! C’est k-taine à souhait! Et quand il apprend à son prince (toujours la fameuse «Baby») à danser, c’est formidable et ça donne envie de se lever debout sur le divan, de crier d’enthousiasme (presque d’envie!) et de danser! Aaaaaaaah! En tous cas, moi, ça le fait! Et que dire, ma foi, de LA scène, la finale, où Cendrillon, qui a repris du poil de la bête et semble devenir sinon un prince, du moins un frondeur-à-belle-gueule, revient au Château chercher son prince qui, à son tour, retrouve tout à coup des petits airs de Reine-d’un-jour!!! En-le-vant! Si je n’ai pas imaginé 100 fois être à sa place…je ne pourrais ici en témoigner aujourd’hui!
Avec beaucoup de grosse morale bien américaine sur les principes, le respect, l’honnêteté et autres affaires ennuyeuses et complètement ININTÉRESSANTES DANS CE CONTEXTE! On veut voir des beaux gars qui dansent irrespectueusement avec des belles filles, sur des bonnes tounes lascives et bien k-taines! Point!
Vous savez tout (ou presque!), maintenant! L’histoire est donc vraiment ordinaire mais quelque peu charmante, la musique est k-taine et entraînante, la danse «dirty» et omni-présente (une grande partie de l’intérêt, selon moi!) et l’idylle amoureuse (et charnelle) aussi invraisemblable qu’emballante! Qu’est-ce que vous voulez de plus?
Réal. (oui, oui, il y en avait un!): Emile Ardolino (je l’apprends en l’écrivant!), É.U., 1987.
P.S. Je dédie donc ce billet à ma copine (de vice), celle qui m’a offert cette cassette, (encore) la belle Martine B.!

Pierre Lapointe – Prise 2 de 2

Vendredi soir, je suis allée voir son spectacle dans un magnifique petit théâtre de l’Assomption. Un tout nouveau théâtre (Hector-Charland), vraiment très beau, intimiste et même confortable (ce qui est plutôt rare, non?). Très certainement une belle entrée en matière, porteuse de grandes choses…
J’ai beaucoup cogité depuis ce moment, retournant le spectacle dans tous les sens dans ma tête, afin de prendre un peu de recul. Je dois dire que je mon opinion n’a absolument pas changé depuis ce moment (même en tentant très fort d’ajouter un peu de balance ou une distance dans mes propos). Il s’agit certainement d’un des plus beaux spectacles auxquels j’ai eu le BONHEUR (c’est le mot qui convient) d’assister! Un grand moment d’intensité et d’émotion.
À mon souvenir, c’est la première fois que deux très importantes choses se produisent simultanément pour moi lors d’un spectacle: d’abord, j’ai été charmée (et de plus en plus) du début à la fin, soit du levé du rideau à la disparition des artistes en coulisse. Ensuite, non seulement j’ai aimé toutes les chansons que je connaissais déjà (de son premier album et malgré le fait que c’est un peu différent à l’écoute de celui-ci) mais j’ai AUSSI aimé toutes celles que je ne connaissais pas encore! Drôle de sentiment, je vous l’affirme! Je pourrai en fait vraiment valider ceci lorsque son prochain album sortira, mais pour l’instant c’est ce que je peux en dire de plus sincère.
Son décor ressemble beaucoup à sa pochette: simple, dominance de blanc, joli. Trois grands draps blancs suspendus et taillés de façon stylisée, qui nous rappellent des arbres. D’où le nom de ce spectacle (qu’est-ce que je suis perspicace!): la forêt des mal aimés. Avec quatre très bons musicien-ne-s, qui manient de merveilleuse façon des instruments tellement agréables à écouter dans ce contexte: accordéon, contrebasse, piano, violon, guitare classique et électrique, un genre de petit xylophone (dont j’oublie le vrai nom!), etc. PL et le groupe sont également vêtus de blanc et d’un peu de noir, présence lumineuse et sobre, qui nous permet d’apprécier l’ampleur de leur talent, et pour eux de jouer sur l’intensité. Le spectacle est comme une belle histoire qui nous est racontée en musique, en paroles et en émotions. L’intérêt y est constant et soutenu.
Pierre Lapointe est un être au talent et à l’humour inversement proportionnels à son poids et son volume! (ie qu’est-ce qu’il est mince et frêle -physiquement!-). Je suis littéralement tombée en amour avec son personnage, cet humour incroyable et si touchant. J’ai ri, j’ai souri, j’ai été charmée, j’ai été tellement intéressée et curieuse et j’ai même pleuré (mais bon, comme exprimé dans la prise 1 – on s’y attendait!?!). Il est également désarmant. Au tout début il est sérieux, contemplatif, provocant. Puis, petit à petit, le charme opère, il fait de subtiles blagues, souriant à peine et plus le spectacle avance, plus il est à l’aise et nous envoie ses pointes d’ironie vraiment très drôles. Il rit aussi avec nous, il s’amuse visiblement et c’est vraiment extraordinaire cette complicité qui en résulte. Une grande proximité aussi. Il nous explique même, à la fin, le pourquoi de sa chanson cachée et surtout le pourquoi de la longue pause entre la dernière chanson de l’album et celle-ci. J’en ris encore! (et je lui laisserai le soin de vous le raconter lui-même – enfin je vous le souhaite!).
Il y a tellement eu de moments forts, j’ai peine à me souvenir de tout et surtout je ne pourrais toutes les énumérer sans être longue et surtout sans enlever à l’intérêt du spectacle. Mais j’ai une pensée toute spéciale pour la chanson «Les petites filles laides», l’intro qu’il en a faite et certainement la prestation qui a suivie! Moment un peu magique… La chanson «La boutique fantastique» vaut également le déplacement! Visiblement, PL et son groupe ont un grand (et pas du tout vilain) plaisir à nous livrer ce spectacle. Le résultat en est un formidable témoignage.
Je pense que c’est ma copine Julie L qui faisait remarquer que c’était vraiment agréable car il avait en direct la même voix, la même aisance que sur l’album. Ce qui n’est pas le cas de tous les artistes, en spectacle. J’en viens maintenant au seul bémol que j’ai pu trouver: lorsque ce grand moment a pris fin! J’ai déjà non seulement envie mais hâte de le revoir. Ça aussi, c’est une première (ça fait donc 3 pour un seul spectacle… décidément!).
Si je connaissais Pierre Lapointe, je le remercierais chaleureusement et sincèrement. Comme ce n’est pas le cas… je ne peux que lui rendre ici un petit hommage. Que j’espère un tant soit peu à la hauteur! Et qui vient du fond du cœur…

Dogville

Le film débute avec cet intéressant bris des conventions, celles de l’espace et des décors. Qui n’existent presque plus. Comme une grande scène de théâtre avec les repères tracés et écrits par terre, espaces artificiellement définis, avec quelques bribes de portes ou de murs, quelques objets disposés ici et là. Pour le reste, les comédiens et comédiennes font «comme si».
C’est d’abord surprenant, puis on s’y fait tranquillement, on l’accepte un peu inconsciemment et ensuite, à mesure que le récit avance et s’alourdit, ça devient un peu dérangeant parce que pouvant également signifier l’indifférence grandissante de la part des protagonistes se trouvant autour de l’action (malgré les drames qui se produisent). Ce n’est bien sûr pas le cas, puisque le film lui-même est conçu ainsi et tous les gens qui y prennent part adhèrent à ce canevas, mais disons que la trame dramatique est extrêmement bien faite en ce sens.
Une histoire qui commence tout doucement, qui est même un peu amusante au départ, on ne sait trop ce qui va se passer. Mais on est vraiment curieux de l’apprendre (en tous cas je l’étais!). Une jeune femme (Nicole Kidman) arrive dans un petit village éloigné, minuscule et tranquille. Elle fuit on ne sait quoi et donc demande asile aux gens de ce village. Une demande qui sera vite acceptée, puis remise en question, ré-acceptée, etc. Commence ainsi un long et arride récit qui parle d’intolérance, de xénophobie, de confiance et d’acceptation. Qui parle ensuite et très tristement de tout ce qui peut en découler, soit le manque de respect, l’exploitation, le rejet, les sévices même (physiques et moraux). Du fait que la nature humaine est souvent navrante.
Le jeu des comédiens est vraiment formidable, extrêment crédible. Il doit être tellement déroutant (et difficile) d’évoluer dans un tel canevas. Je mentionne ceux qui m’ont le plus marquée, Nicole Kidman, Paul Bettany, Patricia Clarkson, Lauren Bacall (qui a beaucoup vieillie, je ne l’avais pas reconnue).
C’est une histoire et un film longs, difficiles, tragiques. L’atmosphère est de plus en plus lourde et glauque, jusqu’à la limite du tolérable et le point de non-retour, quand cette limite elle-même a été dépassée. Tout a un prix, et lorsque celui-ci devient trop élevé, il dépasse alors la raison. Et même parfois celui (le prix) de la vie même.
J’ai beaucoup aimé cette façon de faire du réalisateur. Une pièce de théâtre qui n’en est pas une, filmée dans cet espace clos mi-imaginaire. Jouée en 9 actes, introduits par de longs titres explicites de ce qui s’en vient, comme si ce n’est pas tant l’action que tout ce qu’elle implique qui est important. Je suis fan de Von Trier, et ce film me confirme (une fois de plus) dans ce statut!
Réal.: Lars Von Trier, Danemark, 2003.

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