janvier 2006 archive

Brokeback Mountain

J’ai vu ce film il y a déjà plusieurs semaines, mais je pense que j’avais besoin de le décanter un peu, avant d’en parler.
Un tout nouveau genre de film pour ce réalisateur que j’aime beaucoup. D’entrée de jeu, des longs plans, des silences, une atmosphère complètement nouvelle.
Un film d’une intensité dramatique quasi incroyable. Audacieux, aussi. Un scénario si dramatique et bouleversant. L’histoire d’amour entre deux hommes, cowboys de surcroît, dans le sud des États-Unis qui plus est (ça n’arrête pas, les bonnes nouvelles) au début des années soixante. En tous cas, une très belle et grande histoire d’amour. Qui m’a complètement renversée.
Beaucoup diront que, suite à la rencontre de Jack (Jake Gyllenhaal) et Ennis (Heath Ledger), leur première vraie «connection» arrive excessivement vite et de façon un peu précipitée, disons, vs le rythme du début. Moi, j’aime à penser qu’il s’agit d’un bref résumé/condensé de tout ce qu’ils ont vécu, en fait, puisqu’on ne peut raconter le tout en temps réel, c’est bien évident. Nous suivrons ensuite leurs destins respectifs -et parallèles- sur plusieurs années.
Les deux hommes sont très, très bons comédiens (leurs deux femmes aussi, d’ailleurs, jouées par Anne Hathaway et Michelle Williams). L’un joue l’amoureux, et on ressent tellement ce qu’il vit, ce qu’il tente si fort de retenir dans ses sanglots étouffés et ses déchirements intérieurs. Tellement d’amour et de déchirure dans cette scène incroyable où, après leur séjour en montagne, ils se séparent et Ennis doit s’arrêter dans une petite ruelle, écrasé par la douleur, dévasté, changé, révélé à lui-même et sa désormais dualité/réalité. L’autre, Jack, un homme amoureux, certes, mais très intense (trop?) et surtout très très exigeant, et sexuel.
Une histoire d’amour très atypique. Un film courageux, qui nous amène à des nouvelles frontières tout en nous confrontant avec nos propres limites -s’il y a lieu- ou celles de la société, il n’y a de cela pas si longtemps encore…
Réal.: Ang Lee, É.U., 2005.

La liberte

Le magazine «L’Actualité», (encore lui!?!), a publié récemment un numéro spécial proposant 101 mots expliquant, chacun à leur façon, une partie de notre (belle) province et de ses spécificités.
Numéro très intéressant. Dans certains cas, j’abonde, dans d’autres, les mots me semblent tour à tour trop précis (ou étroits?) pour être associés spécialement au Québec ou alors, trop large ou universels pour l’être, à l’inverse.
Un mot a spécialement retenu mon attention: L, pour Liberté. Ce mot si populaire, en ce moment, si cher à tout un chacun, mais scandé et brandi, haut et fort, de si différentes façons (et à si divers desseins).
Michel Venne (l’auteur de cet extrait), en suggère quelques définitions ou interprétations:
« (…) Est libre celui ou celle qui est prêt à perdre et à prendre des risques. Est libre celui ou celle qui n’a pas peur, ou du moins qui a surmonté ses peurs (…) Ensuite, chacun peut s’imaginer différent de ce qu’il est et prendre les moyens pour le devenir, s’il le veut. Tout comme il est libre de décider de ne rien changer. Chacun demeure responsable de ses choix. Être libre, en effet, c’est être responsable. Voilà pourquoi la liberte est une exigence qui se mérite à chaque instant.»
Je trouve cette réflexion tellement pertinente, et inspirante.
Alors que tellement (trop?) de gens associent systématiquement «liberté» à «déresponsabilisation» ou «égoïsme»… je préfère sa vision à lui, toute difficile à assumer soit-elle. À grands privilèges, grandes responsabilités?!?

Capote

Le premier film de ce réalisateur (déjà prometteur), qui fait partie de ma cuvée FNC 2005. Avec le brillant Philip Seymour Hoffman. Qui devient, avec chaque nouveau film, encore meilleur, si cela est possible. Et apparemment, ça l’est! Et je continue d’être impatiente -et séduite- chaque fois. Quel talent et quelle large gamme de rôle il arrive à tenir. Fascinant.
C’est l’histoire entourant les événements à l’origine du livre «In Cold Blood» de Truman Capote, le célèbre écrivain américain, soit les meurtres sordides de toute une famille dans un petit village du Kansas. Et la relation très spéciale qu’il initiera, et développera, avec un des présumés meurtriers. Entre la fascination malsaine, les jeux et l’abus de pouvoir.
Je regrettais de ne pas m’être renseignée sur le personnage avant le visionnement, car je n’étais pas en mesure d’évaluer pleinement son interprétation de l’homme. Par contre, au-delà de son interprétation, sa prestation n’en demeure pas moins très forte, dérangeante, convaincante, tellement intense.
Si Capote était imbu de lui même, très efféminé, prétentieux, suffisant, malhonnête, égocentrique et à la limite de la perversion… alors oui, il a -de plus- bien rendu le personnage qu’il interprète.
La caméra est à la fois froide (au sens de spectatrice, peut-être?) et intime, nous permettant d’entrer dans le récit et d’assister avec un intérêt constant et soutenu à la suite des événements. Que je ne connaissais que vaguement, mais ce que je n’ai pas regretté, cette fois. C’est intrigant et dérangeant, comme histoire.
Tous les comédiens sont puissants et convaincants. Spécialement Catherine Keener (qui joue l’assistante et amie de Capote), Clifton Collins Jr. (un des meurtriers) et Chris Cooper (le formidable et intègre détective qui mène l’enquête).
P.S. Entre le moment où j’ai écrit ces lignes et celui où je les publie, Philip S.H. a remporté le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique. Cela me semble bien mérité…
Réal.: Bennett Miller, É.U., 2005.

Le papier

Ce week-end, ma grande soeur était affairée à la maison, quand tout à coup Justine, sa grande fille de 5 ans, fit irruption dans la pièce où elle se trouvait, tenant un petit bout de papier dans ses mains.
«Maman! Qu’est-ce qui est écrit sur mon papier?», demanda-t-elle à Christine, souriante et apparemment plutôt contente (par anticipation) de la réponse à venir.
Christine leva les yeux et lu donc les quelques mots écrits sur le papier en question: «La chasse aux crocodiles», répondit-elle.
«Non! Maman! C’est pas ça qui est écrit!», dit alors Justine, surprise, un peu déçue mais encore remplie d’espoir -car convaincue qu’il s’agissait d’un malentendu. «Lis encore!». Et sa maman de lui fournir à nouveau la même réponse, mi-amusée, mi-perplexe. «Nooooooooooon! C’est pas ça qui est écrit!!! Ça s’peut pas!», de renchérir sa belle puce, cette fois un peu peinée, mais toujours passablement incrédule.
«Va demander à papa, ma belle, si tu ne me crois pas!» suggère alors super-maman, qui n’en est pas à sa première «gestion de petite crise», bien sûr!
Et Justine de courir retrouver son papa au sous-sol, convaincue qu’elle allait enfin entendre la bonne affaire. Et de lui poser la même question, pour recevoir la réponse suivante: «C’est écrit La chasse aux crocodiles».
Démolie, défaite (et j’en passe), la très intense petite Justine, sanglots dans la gorge, s’écrit à nouveau: «NNOOOOOOOOOOOOOONNNNNN! C’est pas ça qui est supposé être écrit!».
Quand son papa, mystifié lui aussi, lui demanda donc ce qui était supposé se trouver sur le fameux papier, Justine lui dit, scandalisée: «J’ai demandé à Josiane d’écrire Papa et maman, je vous aime beaucoup! Mais ce n’est pas ça qu’elle a écrit, elle m’a piégée!!!».
C’est-ti pas incroyable? Fascinant? Délirant???
Non, ce n’est pas Justine qui s’est trompée de papier. NOOOOOOON! Impossible! C’est Josiane, son éducatrice très rusée, qui a décidé de la piéger en subtituant ses paroles si tendres, si remplies d’amour, par un énigmatique message codé (dont nous ne connaîtrons, du reste, probablement jamais la réelle signification…).
Décidément, on n’a plus les éducatrices qu’on avait. OH NON!
Parents: méfiez-vous!

Joyeux Noel

Un film basé sur des événements réels survenus la veille de Noël pendant la Première Guerre Mondiale.
En peu de mots, un film très émouvant. Difficile de savoir ce qui est réellement arrivé vs les parties plus romancées, mais au total, une histoire vraiment touchante.
Où même dans l’absurdité de la guerre (et de la religion), l’humanité et le respect existent toujours entre les hommes qui la font, de gré ou de force, par principe ou par obligation.
On se retrouve dans une tranchée en France opposant deux clans alliés, les Écossais et les Français, contre les Allemands. Les combats habituels se déroulent donc jusqu’au soir du 24 décembre, où, presque spontanément, ou peut-être par instinct (ou volonté) de survie, généraux et soldats décideront de suspendre, l’espace de quelques heures, les hostilités. Et ils fraterniseront, contre toute logique et surtout, toute attente. Mais avec tellement de volonté, de sincérité. Une belle histoire d’amour, aussi, entre deux chanteurs d’opéra, entre pères et fils, entre frères de sang ou de conviction.
Les comédiens sont enlevants, spécialement Daniel Brühl («Goodbye Lenin» et «The Edukators») ainsi que Guillaume Canet. Ils arrivent à nous rendre crédible leur rôle dur et intransigeant de général dans leurs armées respectives, de même que celui d’homme, de père et/ou de mari, qui est sous-jacent mais si présent par ces temps difficiles. La musique (principalement de l’opéra), vient ficeler le récit et permet d’exprimer une grande partie de l’émotion qui en ressort.
Seul vrai petit «hic», à mon avis: les deux comédiens qui jouent le rôle du couple de chanteur d’opéra mais qui font très visiblement du simple «lipsync», ce qui est énervant, je trouve. Je me demande toujours pourquoi ils n’ont pas pris de vrais chanteurs mais bon, qu’est-ce que je connais là-dedans!?!
Un film qui redonne tout simplement confiance en la race humaine, qui est parfois capable de belles et grandes choses, quand elle s’en donne un tant soit peu la peine.
Bien sûr tout ceci ne sera qu’un bref intermède, qu’une toute petite lumière dans toute l’horreur de la guerre qui continue encore aujourd’hui, mais un intermède qui aura fait histoire et dont on aura longtemps envie, je l’espère, de se souvenir.
Réal.: Christian Carion, France/Allemagne/Angleterre, Belgique/Roumanie, 2005.

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