Comme une image

Un autre formdiable scénario (primé à Cannes) d’un de mes duos préférés, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Réalisé par Jaoui. Que j’ai eu le grand plaisir de visionner au FCMM cette année avec ma super complice Julie (mais c’est souvent comme ça, les bonnes nouvelles: quand ça commence, ça n’arrête plus!).
JPB à son meilleur et donc, à son pire! Ce qui n’est pas rien, quand on connait un peu le comédien et ses rôles-types. Dans ce film, il campe un écrivain reconnu, archi-imbu de lui-même, méga-égocentrique et ultra-condescendant. Comme quoi, quand on se donne la peine et qu’on veut vraiment, tout est possible! Et pour une seule personne, faut le faire! Et Bacri le fait très bien. Toutes les occasions sont bonnes -et meilleures les unes que les autres- pour lui permettre de lâcher une vacherie ou pour manquer de considération.
Sa fille est jouée par Marilou Berry (celle de Josianne Balasko dans la vraie vie). Elle est très crédible. Très convaincante dans un rôle assez difficile et paradoxal: celui de Lolita, la fille plutôt ronde et complexée de l’écrivain célèbre, avec tout ce que cela comporte comme poids mais aussi comme avantage (qui devient alors doublement difficile à porter, vous me suivez?) , en plus de l’amour paternel, inconditionnel et même maladif. Comme il est vrai que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre… elle n’est pas au bout de ses peines, la pauvre! Mais heureusement, elle fera la rencontre d’un jeune homme extraordinaire (de candeur et de patience).
Agnès Jaoui est vraiment ex-qui-se. J’aime le côté nuancé, un peu hypocrite mais sincère, avec le recul et le regard critique (de plus en plus aiguisé) que son personnage a tout le long du film. Elle campe la femme d’un écrivain en devenir qui est également la prof de chant de Lolita. Et qui cheminera beaucoup, par la force des choses et la faiblesse des individus qu’elle cotoie.
Plusieurs histoires qui se croisent, se mêlent, mêlent également les cartes. Celles de tous ces personnages et leurs démêlés amoureux et professionnels, étroitement liés les uns aux autres (bien sûr). D’où l’intérêt premier, cet espèce d’art que maîtrise de plus en plus le duo Jaoui/Bacri: celui de nous provoquer, nous faire réagir puis réfléchir, en nous lançant comme ça, en plein visage, tous nos petits comme nos pires travers. Avec les peurs et les espoirs qui les accompagnent généralement. Relations humaines au quotidien, sans la censure et surtout le politiquement correct. Avec toujours de très bons dialogues, crus, corrosifs, émouvants, toujours dérangeants de lucidité.
J’aime, j’aime, j’aime! (mais vous l’aviez probablement deviné?)
Réal.: Agnès Jaoui, France, 2004.

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