Noi Albinoi

Voici un synopsis potentiel: « Un jeune homme de 17 ans habite avec sa grand-mère. Il est désillusionné, désabusé, seul ET solitaire. Il tourne en rond, la plupart du temps. Il fréquente l’école comme on fréquente l’ennui, par obligation. Il y est d’ailleurs un peu victime de son intelligence au-dessus de la moyenne. Il vit en Islande, terre arride et froide (en pratique comme en théorie) ».
Maintenant, je vous propose la critique suivante : « Un film surprenant, cousu d’humour et de silences, tellement intéressant, avec des acteurs-amateurs incroyables. J’y ai connu un de mes plus gros fou rire –à vie-!».
Enfin… est-ce que je vous surprend si je vous précise que cette critique s’applique au film tiré du synopsis qui la précède!?! HAAAA ! (que je vous surprenne ou non, fallait que ça sorte, bon !). Si je ne vous ai pas surpris : tant mieux ! Si oui : ce n’est qu’UN des exemples de tous les formidables -mais méconnus/undergrounds- films qui font régulièrement mon plus grand bonheur!
Plusieurs amis/membres de ma famille me taquinent au sujet de mes goûts (douteux, oseront même certains!?) pour les films serbo-croates sous-titrés en deux langues (au choix!). Voici donc la meilleure démonstration que je puisse faire pour appuyer/expliquer mon point. Ce qui ne veut certes pas dire que tous partagent les mêmes goûts et/ou que je vais nécessairement rallier une majorité de gens. Mais qu’il ne faut pas TOUJOURS se fier aux apparences, aussi ardues soient-elles!?!
Noi Albinoi, c’est un petit bijou de découverte que j’ai fait il y a un peu plus d’un an (je vous le donne en mille: au FCMM). Dès la première séquence, l’humour très particulier s’installe. Un heureux mélange d’autodérision, d’ironie, de sarcasme et même de gags un peu plus « faciles », si je peux m’exprimer ainsi. Tourné en 35mm, sans décors (du vrai, que du vrai), avec très peu de moyens. Éclairage faible et naturel, qui contraste avec la froideur éblouissante de la neige.
C’est l’histoire de ce jeune homme, de son quotidien entre une grand-mère attachante et quelque peu excentrique, un père alcoolique et complètement raté, un ami qui n’en est pas un, une école avec son directeur complètement dépassé… mais aussi une rencontre avec une jeune fille travaillant à la station-service du coin.
Sujet vraiment banal, pour un très bon film. L’art de filmer l’ennui, de façon intéressante et drôle, sur fond tragique. Un défi, quand même, non ?
Je dis simplement : Bravo ! (surtout pour un premier long métage de ce réalisateur).
Nòi Albinòi – Réal.: Dagur Kàri, Islande/Danemark/Allemagne/Royaume-Uni, 2003.

Parle avec elle

J’ai vu ce film pour la première fois à Paris, il y a quelques années. J’avais été tellement émue, remuée. Seul Almodovar -il me semble- peut ainsi raconter des histoires aussi tordues, en nous atteignant en plein coœur, nous séduisant à tout coup. Je l’ai loué tout récemment, histoire de valider le tout, à nouveau!
Tout ce que j’ai ressenti à ce moment m’est revenu encore une fois, intact (à part le petit engouement supplémentaire que m’avait donné Paris, peut-être! Quoique la mémoire est une chose formidable…). Almodovar maîtrise complètement les jeux de genres, d’amour, de passion, de folie. La fine séparation entre les deux derniers et les excès qui en découlent. «Parle avec elle» en est une autre brillante démonstration. Et peut-être la plus troublante, de par son sujet central.
Qui d’autre peut nous attendrir et nous faire accepter -que dis-je!?! endosser totalement- un genre de viol, au nom de l’amour total, inconditionnel et sans compromis? Qui d’autre peut nous présenter un suicide par amour, au nom de l’amour, nous le rendant complètement acceptable, à nous spectateur comme au principal éprouvé?
Deux hommes se rencontrent dans une clinique, chacun au chevet d’une femme dans le coma. De là se développe une étrange relation/amitié. Petit à petit on apprend ce qui les a menés là, et où tout cela les mènera ensuite… Avec deux des acteurs-fétiches du réalisateur, Javier Camara  [Benigno] et Dario Grandinetti [Marco].
Comme toujours, tous les personnages sont intenses, uniques, attachants. Un de ses rares films ne tournant pas autour du travestisme, mais dont la signature est tout de même indéniable. Plusieurs destins tragiques se croisent, se répercutant dans la vie de plusieurs autres. Que de tragédie, mais que de beauté et de sentiments dans tout ça. J’en ressors secouée, mais fascinée. Alomodovar vient toujours me chercher aux tripes…
Comme m’a rappelé Julie, j’avais également acheté la trame sonore à l’époque. Qui ajoute tellement à la gamme des émotions de ce film. Une petite pensée toute spéciale pour la fameuse prestation de la colombe («La paloma»), chantée du bout des lèvres et accompagnée à la guitare. Un moment très spécial et très émouvant du film. La musique est signée en grande partie par le compositeur Alberto Iglesia. Ici aussi, les arts ont une place de choix dans l’œuvre du réalisateur (théâtre, dance, musique).
Christine (ma sœur), avait ainsi résumé la chose, à l’époque: un Roméo et Juliette revisité par Almodovar, actualisé et élevé d’un cran en terme de complexité et d’intérêt. J’embrasse complètement cette analogie. Et j’ajoute que l’émotion ressentie y est proportionnelle.
Réal.: Pedro Almodovar, Espagne, 2001.

Garden State

Tranche de vie, en commençant: cette fois, c’est l’inverse qui m’est arrivé! J’ai loué ce film avec une copine -nous étions deux à s’installer confortablement pour le regarder-, mais je me le suis tapé toute seule (accompagnée, en background, des légers ronflements de Jani…!).
Garden State, c’est un beau petit film. Un film intelligent qui aborde des sujets assez sérieux (tragiques?), avec humour et même une certaine pudeur. Pour moi, c’est tout ce qu’une «comédie dramatico-romantique» a de bien -les sentiments, les émotions, ça parle de vraies choses, c’est tellement humain- mais avec, en moins, tout ce qu’elle a trop souvent de superflu et même DE TROP: l’exagération, l’invraisemblance, les excès de toutes sortes, la banalité-.
Andrew est un jeune acteur/serveur qui tente de réussir et gagner sa vie à Los Angeles. C’est un jeune homme intoxiqué, essoufflé, déconnecté, qui ne rêve, au fond, que de vivre sa vie, le plus normalement du monde (Andrew, joué par Zach Braff, qui a également écrit et réalisé le film). À la nouvelle de la mort de sa mère, il retourne dans son petit village natal. Il rencontre alors une jeune fille drôle, spontanée, courageuse, au quotidien trop ordinaire et qui n’aspire, quant à elle, qu’à autre chose -peu importe-, et qui ment régulièrement faute d’y arriver (Sam, jouée par Nathalie Portman). Une rencontre tellement douce, empreinte de simplicité. Tellement naturelle, aussi (comme on en rêve tous, probablement!?). Avec le très bon Peter Sarsgaard qui joue Mark, un ami d’enfance d’Andrew travaillant au cimetière. Un ami éclaté, désillusionné, d’une loyauté très touchante et plutôt suprenante. Andrew y retrouvera plusieurs connaissances, fera de surprenantes rencontres et surtout, fera face à son père, et au lourd destin qui les unit depuis si longtemps.
L’humour est parfois léger, parfois absurde, subtil. Tout au long du film, des répliques, des petits flashs, de petits clins d’oeil nous font sourire, rire, nous étonnent. Un humour quelque peu différent, amusant. On en fait pas trop. Juste assez! L’atmosphère est feutrée, suivant le rythme du récit. L’histoire, souvent incongrue, avance tout doucement, parfois même au ralenti, ce qui fait contraste avec la teneur des événements.
Chronique simple, mais très réussie, de deux vies somme toute assez opposées, mais qui ont tellement envie -et simplement besoin- de se rencontrer. Éloge du présent, du ici et du maintenant, des petits plaisirs vrais.
Réal.: Zach Braff, É.U., 2004.

Thomas est amoureux

Eh non! Ce n’est pas un genre de «film de filles» pour garçons! Au contraire! Malgré son titre un peu «rose», je dirais, c’est un film virtuellement innovateur, original et très intéressant. HA!
Un autre qui a quelque peu modifié mes horizons cinématographiques. Et que j’ai découvert au FCMM il y a quelques années. Un bonheur arrive rarement seul…
L’histoire de cette comédie virtuelle et quelque peu dramatique est relativement simple. Mais c’est la façon dont le film est tourné et monté qui en fait une découverte vraiment intéressante. Un film qui se passe dans le futur (qui n’est peut-être pas si loin?). Thomas est un homme dans la jeune trentaine qui est agoraphobe. Dès lors il ne sort plus de chez lui et vit… autrement!!!
C’est toute cette vie que l’on découvre, avec ses limites, ses contraintes mais aussi ses immenses et virtuelles possibilités. On découvre sa mère, son psy, ses rencontres, ses peurs, ses quêtes aussi. Et on assiste à sa lente évolution.
Dès les premières images, on est surpris, déstabilisé. Puis on entre dans son monde et on partage littéralement son quotidien (une partie de celui-ci). C’est un film au point de vue complètement subjectif (celui de Thomas). Qui nous fait vivre toutes ses émotions/ses frustrations. Qui nous propose une société inventée, différente, et qui modifie certains standards techniques du cinéma (traditionnel).
Un film en apparence froid et statique. Qui parle d’Internet et de cybernétique. Mais qui est tellement humain, en fait. Parlant d’individualisme, de société, de solitude aussi. Et abordant l’éternel enjeu qu’est l’amour et sa place ou son importance dans la vie de chacun.
Moi je suis tombée complètement sous le charme. Je l’ai même revu après avec des amis, tellement j’avais aimé. De belles découvertes qui nous amènent complètement ailleurs et semblent nous ouvrir à plein de choses. À ce moment, j’avais été fascinée de voir que des gens pouvaient imaginer un tel film. Je le suis enocre, finalement!
Réal.: Pierre-Paul Renders, Belgique, 2000.

U2 – Best of 1980-1990

Je m’assume: j’aime la musique qui a fait le bonheur de mon adolescence/jeune âge adulte, et qui fait, depuis, celui de la personne que je suis maintenant! En descendant la liste des titres, peu importe laquelle des deux décennies couvertes: on les connait toutes!
De «New Year’s Day» à «Sunday Bloody Sunday», en passant par «I will follow», «Pride», et «With or without you». C’est vraiment impressionnant à quel point U2 fait partie de ma vie (et celles de millions d’autres) et est rattaché à plusieurs moments importants et/ou souvenirs précis. J’ai vu quelques très bons shows d’eux et je reste une «fan» inconditionnelle. Et comme Bono est de plus un grand ami de Wim Wenders et a fait pour lui -de façon très spéciale- la trame musicale du film «Million Dollar Hotel», ça va très loin!, comme dirait Anémone dans le Père Noël!
D’ailleurs, j’ai même eu le privilège de le rencontrer EN PERSONNE. Il y a quelques années, au FCMM, à l’Ex-Centris. Avec super Julie, en plus! J’ai failli trépasser d’émotion! Il était venu présenter le «making of» de la musique du film (Million Dollar Hotel). Nous l’avons par la suite écouté presque «ensemble»… il était assis en avant, à quelques place de nous. Entendons-nous: je ne suis pas «groupie», mais il y a toujours des limites! Je retenais mon souffle tellement j’avais peur qu’il entende mon coeur débattre!!! (hihihi! j’exagère à peine!) Un beau moment, en tous cas!
J’ai essayé d’en trouver: je pense qu’il n’y a pas une seule chanson que je n’aime pas ou que je sauterais, selon mon humeur, en écoutant le cd dans ma voiture. Toutes, je vous dis! Elles sont TOUTES bonnes!
Je connais moins les albums les plus récents (je ne les ai pas). Mais U2 est définitivement un des groupes les plus marquants et ce, de façon si durable (à travers plusieurs décennies). C’est un extraordinaire phénomène. Une sonorité dont on ne se lasse pas, apparemment. Et qui ont certainement le sens inné du succès. Un groupe intemporel on dirait. Ou éternel!?!
Étiquette Island, 1998.