Transamerica

Quand des critiques utilisent des expressions du genre «porter un film sur ses épaules», je me dis toujours que oui, bon, le ou la comédien(ne) est effectivement très talentueux(se)/très bon(ne) dans son rôle, mais qu’il ne faudrait quand même pas exagérer.
J’ai quelque peu changé d’idée en voyant ce film, porté largement sur les délicates mais ô combien solides épaules de la principale protagoniste, Felicity Huffman.
Elle est époustouflante dans ce rôle. Cette comédienne au demeurant si féminine, charmante, jolie (la maman des triplets hystériques dans «Desperate Housewives»), nous livre ici le rôle on ne peut plus convaincant d’un transexuel, une semaine avant son opération (qui complètera son changement de sexe masculin au féminin) et qui apprend tout à coup qu’il a un fils. Une nouvelle qui viendra tout chambouler ses plans mais aussi ses croyances et sa vision de la vie.
On ressent le malaise de l’homme pris dans son propre corps alors qu’il n’est et qu’il n’aspire qu’à être la femme qui est enfouie au plus profond de lui-même. Depuis si longtemps. Sa voix, sa maladresse, ses manières gauches, sa démarche inégale, tout est crédible. C’est vraiment une performance enlevante.
L’histoire n’est pas sensationnaliste, ni démesurée, ni spectaculaire. C’est un scénario qui se veut plutôt «ordinaire», pour un sujet qui ne l’est pas encore. Mais le traitement est sobre, intelligent, tellement humain. À quelques moments, les personnages sont un peu surréalistes (comme les parents de Stanley/Bree), mais le traitement sobre permet de ne jamais décrocher, d’y croire, de se laisser transporter.
Un film très touchant sur l’amour, l’amour propre, l’amour filial, le besoin et la recherche d’amour. Et sur l’acceptation et l’appartenance. Un «road movie» plein d’humour et de tendresse, qui fera voir du pays -et de toutes les couleurs- au «père» et son fils.
Réal.: Duncan Tucker, É.U., 2005.

Brokeback Mountain

J’ai vu ce film il y a déjà plusieurs semaines, mais je pense que j’avais besoin de le décanter un peu, avant d’en parler.
Un tout nouveau genre de film pour ce réalisateur que j’aime beaucoup. D’entrée de jeu, des longs plans, des silences, une atmosphère complètement nouvelle.
Un film d’une intensité dramatique quasi incroyable. Audacieux, aussi. Un scénario si dramatique et bouleversant. L’histoire d’amour entre deux hommes, cowboys de surcroît, dans le sud des États-Unis qui plus est (ça n’arrête pas, les bonnes nouvelles) au début des années soixante. En tous cas, une très belle et grande histoire d’amour. Qui m’a complètement renversée.
Beaucoup diront que, suite à la rencontre de Jack (Jake Gyllenhaal) et Ennis (Heath Ledger), leur première vraie «connection» arrive excessivement vite et de façon un peu précipitée, disons, vs le rythme du début. Moi, j’aime à penser qu’il s’agit d’un bref résumé/condensé de tout ce qu’ils ont vécu, en fait, puisqu’on ne peut raconter le tout en temps réel, c’est bien évident. Nous suivrons ensuite leurs destins respectifs -et parallèles- sur plusieurs années.
Les deux hommes sont très, très bons comédiens (leurs deux femmes aussi, d’ailleurs, jouées par Anne Hathaway et Michelle Williams). L’un joue l’amoureux, et on ressent tellement ce qu’il vit, ce qu’il tente si fort de retenir dans ses sanglots étouffés et ses déchirements intérieurs. Tellement d’amour et de déchirure dans cette scène incroyable où, après leur séjour en montagne, ils se séparent et Ennis doit s’arrêter dans une petite ruelle, écrasé par la douleur, dévasté, changé, révélé à lui-même et sa désormais dualité/réalité. L’autre, Jack, un homme amoureux, certes, mais très intense (trop?) et surtout très très exigeant, et sexuel.
Une histoire d’amour très atypique. Un film courageux, qui nous amène à des nouvelles frontières tout en nous confrontant avec nos propres limites -s’il y a lieu- ou celles de la société, il n’y a de cela pas si longtemps encore…
Réal.: Ang Lee, É.U., 2005.

La liberte

Le magazine «L’Actualité», (encore lui!?!), a publié récemment un numéro spécial proposant 101 mots expliquant, chacun à leur façon, une partie de notre (belle) province et de ses spécificités.
Numéro très intéressant. Dans certains cas, j’abonde, dans d’autres, les mots me semblent tour à tour trop précis (ou étroits?) pour être associés spécialement au Québec ou alors, trop large ou universels pour l’être, à l’inverse.
Un mot a spécialement retenu mon attention: L, pour Liberté. Ce mot si populaire, en ce moment, si cher à tout un chacun, mais scandé et brandi, haut et fort, de si différentes façons (et à si divers desseins).
Michel Venne (l’auteur de cet extrait), en suggère quelques définitions ou interprétations:
« (…) Est libre celui ou celle qui est prêt à perdre et à prendre des risques. Est libre celui ou celle qui n’a pas peur, ou du moins qui a surmonté ses peurs (…) Ensuite, chacun peut s’imaginer différent de ce qu’il est et prendre les moyens pour le devenir, s’il le veut. Tout comme il est libre de décider de ne rien changer. Chacun demeure responsable de ses choix. Être libre, en effet, c’est être responsable. Voilà pourquoi la liberte est une exigence qui se mérite à chaque instant.»
Je trouve cette réflexion tellement pertinente, et inspirante.
Alors que tellement (trop?) de gens associent systématiquement «liberté» à «déresponsabilisation» ou «égoïsme»… je préfère sa vision à lui, toute difficile à assumer soit-elle. À grands privilèges, grandes responsabilités?!?

Capote

Le premier film de ce réalisateur (déjà prometteur), qui fait partie de ma cuvée FNC 2005. Avec le brillant Philip Seymour Hoffman. Qui devient, avec chaque nouveau film, encore meilleur, si cela est possible. Et apparemment, ça l’est! Et je continue d’être impatiente -et séduite- chaque fois. Quel talent et quelle large gamme de rôle il arrive à tenir. Fascinant.
C’est l’histoire entourant les événements à l’origine du livre «In Cold Blood» de Truman Capote, le célèbre écrivain américain, soit les meurtres sordides de toute une famille dans un petit village du Kansas. Et la relation très spéciale qu’il initiera, et développera, avec un des présumés meurtriers. Entre la fascination malsaine, les jeux et l’abus de pouvoir.
Je regrettais de ne pas m’être renseignée sur le personnage avant le visionnement, car je n’étais pas en mesure d’évaluer pleinement son interprétation de l’homme. Par contre, au-delà de son interprétation, sa prestation n’en demeure pas moins très forte, dérangeante, convaincante, tellement intense.
Si Capote était imbu de lui même, très efféminé, prétentieux, suffisant, malhonnête, égocentrique et à la limite de la perversion… alors oui, il a -de plus- bien rendu le personnage qu’il interprète.
La caméra est à la fois froide (au sens de spectatrice, peut-être?) et intime, nous permettant d’entrer dans le récit et d’assister avec un intérêt constant et soutenu à la suite des événements. Que je ne connaissais que vaguement, mais ce que je n’ai pas regretté, cette fois. C’est intrigant et dérangeant, comme histoire.
Tous les comédiens sont puissants et convaincants. Spécialement Catherine Keener (qui joue l’assistante et amie de Capote), Clifton Collins Jr. (un des meurtriers) et Chris Cooper (le formidable et intègre détective qui mène l’enquête).
P.S. Entre le moment où j’ai écrit ces lignes et celui où je les publie, Philip S.H. a remporté le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique. Cela me semble bien mérité…
Réal.: Bennett Miller, É.U., 2005.

Le papier

Ce week-end, ma grande soeur était affairée à la maison, quand tout à coup Justine, sa grande fille de 5 ans, fit irruption dans la pièce où elle se trouvait, tenant un petit bout de papier dans ses mains.
«Maman! Qu’est-ce qui est écrit sur mon papier?», demanda-t-elle à Christine, souriante et apparemment plutôt contente (par anticipation) de la réponse à venir.
Christine leva les yeux et lu donc les quelques mots écrits sur le papier en question: «La chasse aux crocodiles», répondit-elle.
«Non! Maman! C’est pas ça qui est écrit!», dit alors Justine, surprise, un peu déçue mais encore remplie d’espoir -car convaincue qu’il s’agissait d’un malentendu. «Lis encore!». Et sa maman de lui fournir à nouveau la même réponse, mi-amusée, mi-perplexe. «Nooooooooooon! C’est pas ça qui est écrit!!! Ça s’peut pas!», de renchérir sa belle puce, cette fois un peu peinée, mais toujours passablement incrédule.
«Va demander à papa, ma belle, si tu ne me crois pas!» suggère alors super-maman, qui n’en est pas à sa première «gestion de petite crise», bien sûr!
Et Justine de courir retrouver son papa au sous-sol, convaincue qu’elle allait enfin entendre la bonne affaire. Et de lui poser la même question, pour recevoir la réponse suivante: «C’est écrit La chasse aux crocodiles».
Démolie, défaite (et j’en passe), la très intense petite Justine, sanglots dans la gorge, s’écrit à nouveau: «NNOOOOOOOOOOOOOONNNNNN! C’est pas ça qui est supposé être écrit!».
Quand son papa, mystifié lui aussi, lui demanda donc ce qui était supposé se trouver sur le fameux papier, Justine lui dit, scandalisée: «J’ai demandé à Josiane d’écrire Papa et maman, je vous aime beaucoup! Mais ce n’est pas ça qu’elle a écrit, elle m’a piégée!!!».
C’est-ti pas incroyable? Fascinant? Délirant???
Non, ce n’est pas Justine qui s’est trompée de papier. NOOOOOOON! Impossible! C’est Josiane, son éducatrice très rusée, qui a décidé de la piéger en subtituant ses paroles si tendres, si remplies d’amour, par un énigmatique message codé (dont nous ne connaîtrons, du reste, probablement jamais la réelle signification…).
Décidément, on n’a plus les éducatrices qu’on avait. OH NON!
Parents: méfiez-vous!