Le papier

Ce week-end, ma grande soeur était affairée à la maison, quand tout à coup Justine, sa grande fille de 5 ans, fit irruption dans la pièce où elle se trouvait, tenant un petit bout de papier dans ses mains.
«Maman! Qu’est-ce qui est écrit sur mon papier?», demanda-t-elle à Christine, souriante et apparemment plutôt contente (par anticipation) de la réponse à venir.
Christine leva les yeux et lu donc les quelques mots écrits sur le papier en question: «La chasse aux crocodiles», répondit-elle.
«Non! Maman! C’est pas ça qui est écrit!», dit alors Justine, surprise, un peu déçue mais encore remplie d’espoir -car convaincue qu’il s’agissait d’un malentendu. «Lis encore!». Et sa maman de lui fournir à nouveau la même réponse, mi-amusée, mi-perplexe. «Nooooooooooon! C’est pas ça qui est écrit!!! Ça s’peut pas!», de renchérir sa belle puce, cette fois un peu peinée, mais toujours passablement incrédule.
«Va demander à papa, ma belle, si tu ne me crois pas!» suggère alors super-maman, qui n’en est pas à sa première «gestion de petite crise», bien sûr!
Et Justine de courir retrouver son papa au sous-sol, convaincue qu’elle allait enfin entendre la bonne affaire. Et de lui poser la même question, pour recevoir la réponse suivante: «C’est écrit La chasse aux crocodiles».
Démolie, défaite (et j’en passe), la très intense petite Justine, sanglots dans la gorge, s’écrit à nouveau: «NNOOOOOOOOOOOOOONNNNNN! C’est pas ça qui est supposé être écrit!».
Quand son papa, mystifié lui aussi, lui demanda donc ce qui était supposé se trouver sur le fameux papier, Justine lui dit, scandalisée: «J’ai demandé à Josiane d’écrire Papa et maman, je vous aime beaucoup! Mais ce n’est pas ça qu’elle a écrit, elle m’a piégée!!!».
C’est-ti pas incroyable? Fascinant? Délirant???
Non, ce n’est pas Justine qui s’est trompée de papier. NOOOOOOON! Impossible! C’est Josiane, son éducatrice très rusée, qui a décidé de la piéger en subtituant ses paroles si tendres, si remplies d’amour, par un énigmatique message codé (dont nous ne connaîtrons, du reste, probablement jamais la réelle signification…).
Décidément, on n’a plus les éducatrices qu’on avait. OH NON!
Parents: méfiez-vous!

Joyeux Noel

Un film basé sur des événements réels survenus la veille de Noël pendant la Première Guerre Mondiale.
En peu de mots, un film très émouvant. Difficile de savoir ce qui est réellement arrivé vs les parties plus romancées, mais au total, une histoire vraiment touchante.
Où même dans l’absurdité de la guerre (et de la religion), l’humanité et le respect existent toujours entre les hommes qui la font, de gré ou de force, par principe ou par obligation.
On se retrouve dans une tranchée en France opposant deux clans alliés, les Écossais et les Français, contre les Allemands. Les combats habituels se déroulent donc jusqu’au soir du 24 décembre, où, presque spontanément, ou peut-être par instinct (ou volonté) de survie, généraux et soldats décideront de suspendre, l’espace de quelques heures, les hostilités. Et ils fraterniseront, contre toute logique et surtout, toute attente. Mais avec tellement de volonté, de sincérité. Une belle histoire d’amour, aussi, entre deux chanteurs d’opéra, entre pères et fils, entre frères de sang ou de conviction.
Les comédiens sont enlevants, spécialement Daniel Brühl («Goodbye Lenin» et «The Edukators») ainsi que Guillaume Canet. Ils arrivent à nous rendre crédible leur rôle dur et intransigeant de général dans leurs armées respectives, de même que celui d’homme, de père et/ou de mari, qui est sous-jacent mais si présent par ces temps difficiles. La musique (principalement de l’opéra), vient ficeler le récit et permet d’exprimer une grande partie de l’émotion qui en ressort.
Seul vrai petit «hic», à mon avis: les deux comédiens qui jouent le rôle du couple de chanteur d’opéra mais qui font très visiblement du simple «lipsync», ce qui est énervant, je trouve. Je me demande toujours pourquoi ils n’ont pas pris de vrais chanteurs mais bon, qu’est-ce que je connais là-dedans!?!
Un film qui redonne tout simplement confiance en la race humaine, qui est parfois capable de belles et grandes choses, quand elle s’en donne un tant soit peu la peine.
Bien sûr tout ceci ne sera qu’un bref intermède, qu’une toute petite lumière dans toute l’horreur de la guerre qui continue encore aujourd’hui, mais un intermède qui aura fait histoire et dont on aura longtemps envie, je l’espère, de se souvenir.
Réal.: Christian Carion, France/Allemagne/Angleterre, Belgique/Roumanie, 2005.

Mini chronique de Noel

Il y a de cela quelques semaines déjà, le matin du dit jour, c’était fête au village.
Toute la grande -et magnifique- famille est réunie pour un brunch et un ÉNORME échange de cadeaux. Et encore… énorme, le mot est faible. Mes parents sont une fois de plus donné tombés dans l’exagération totale (encore merci) et mon petit frère m’a même fait pleurer. Mais ça, c’est une toute autre histoire (tout aussi joyeuse, cela dit, ne vous inquiétez pas).
À un moment, on appelle le petit Charles, qui développe avec empressement (et son éternelle joie) un grand paquet rectangle et plat. Il s’écrie, une fois ruban et papier retirés: «Yé! Un livre des Zoincroyables!» (vous savez, la célèbre famille de Supers Héros???). Il me fait craquer, à tout coup!
Un peu plus tard, il est redemandé au parloir, et on lui tend un cette fois un petit présent de forme carrée. Très vite, la chose déballée, il s’exclame, toujours tout sourire: «Oh woooow! Une boîte de Bob l’Éplonge pou mette mes swanish!!!». (À tout coup, je vous dis, À TOUT COUP!)
La fameuse swanish, qui semble tout droit sortie d’un obscur et méconnu dialecte autochtone (comprendre sandwich), la première fois qu’on en a entendu parler, c’était il y a déjà quelques années, de la bouche de son grand frère, le beau Julien. Une jolie expression à se transmettre entre frères, non?
En tous cas, un autre bien beau Noël, dont les sourires, les câlins, les exclamations toutes aussi drôles que spontanées, les histoires de toutes sortes, les rires et les jeux de nos petits chéris ne furent pas les moindres des plaisirs qu’il nous apporta.
Vive Noël!?! (je sais, je sais, je m’emballe un peu).
Mais avouez que l’effort est digne de mention (venant de moi!) et la cause, plus que noble.
De plus en plus, pour moi, Noël retrouve un certain sens grâce à ces enfants qui m’entourent -ceux qui ont beaucoup de chance et ceux (malheureusement) qui en sont totalement dépouvus-.

Me and you and everyone we know

Une belle découverte de 2005. Un film différent, intéressant, rafraîchissant. Un heureux mélange entre le vidéo-clip, le pseudo-documentaire et le film d’auteur.
Une histoire simple et attachante, comme la réalisatrice et principale protagoniste.
L’histoire de Christine (jouée par Miranda July), une jeune femme à la recherche de l’amour et une artiste (toujours la même personne) à la recherche de l’inspiration et de succès (et à la démarche des plus éclatée et intègre). Au total, une personne en mal d’amour, de reconnaissance, de bonheur tout simple. Qui fera la rencontre d’un homme (John Hawkes) tout aussi en mal d’amour et de bonheur, à travers sa vie personnelle et sa nouvelle famille éclatée. Probablement ce fameux (et apparemment universel) besoin de toucher quelqu’un et d’être touché en retour, de faire une différence.
Impossible de deviner ce qui va arriver ensuite, à l’image du scénario. On a tellement l’impression qu’il s’agit d’improvisation. Et on s’en fou, en fait. On a pas envie de deviner, on a juste le goût de se laisser porter et de découvrir ce qui va arriver ensuite. C’est pourquoi je ne trouve ni pertinent, ni intéressant, d’en raconter davantage. Mais c’est cousu de petites anecdotes drôles, de petits flashs simplement délicieux.
Rempli d’humour, de dérision et d’auto-dérision, de folie douce et de pudeur. D’intelligence, aussi. Comme quoi, encore une fois, une belle histoire toute simple vaut pafois beaucoup plus que de grands moyens.
Après le film, on garde une impression de légèreté, un sourire, un sentiment de joie et même, de plénitude. Très agréable -et rare- comme sentiment. Bravo!
Réal.: Miranda July, É.U., 2005.

La vie avec mon pere

Le 2e long métrage de ce réalisateur, après l’amusant et éclaté «Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause».
Un 2e film également bien réalisé. Avec de très bons comédiens, dont David La Haye, Paul Ahmarani et Raymond Bouchard, dans le rôle titre. Les deux premiers incarnant bien entendu les fils (diamétralement opposés) de ce dernier. Ces trois personnages se retrouvant presque malgré eux au retour du père et à l’annonce de la maladie grave de celui-ci. Pour une dernière tentative de rapprochement, malgré leurs personnalités et intérêts si divergents.
De bonnes prestations d’acteur. LaHaye est froid et calculateur, Amharani perdu et confus et Bouchard bon vivant et émouvant, à l’image de leurs personnages respectifs. Ils nous font embarquer très vite avec eux dans l’histoire. Hélène Florent joue la (presque) seule femme dans cette histoire, qui devient tour à tour la blonde, la psychologue, l’infirmère, la confidente. Le mythe entretenu (et sublimé) de la femme par excellence, peut-être?
Un scénario intéressant, bien rendu, mais un peu cliché. Un peu convenu. Des scènes et des moments touchants, mais au total un peu décousu. Je pourrais ajouter un peu trop macho à mon goût, mais comme il s’agit de la base même de l’histoire (celle de ces trois hommes, plutôt machos), j’imagine que c’est un peu à côté de la traque, comme commentaire. Ou un «given», disons!
À nouveau, j’ai aimé la caméra. Les scènes sont très épurées côté couleur, beaucoup de blanc, de bois. La lumière est très belle. Plusieurs plans de Montréal sont magnifiques. La trame musicale complète fort bien le tout, empreinte de classique et d’opéra.
Réal. et co-scénariste: Sébastien Rose, Québec, 2005.